L’incivisme un mal profond

Le premier geste de civisme est de respecter et veiller à la propreté de son corps et celle des lieux privés et publics. La situation est préoccupante au sujet du civisme dans notre pays. Dans tous les dictionnaires et textes philosophiques modernes, on peut lire que le civisme se définit par le respect des droits et des obligations de la citoyenneté. Il suppose donc l’existence de celle-ci. La citoyenneté n’est pas seulement un statut; elle s’enseigne, se cultive et se pratique. C’est ce qui manque le plus. Le civisme est la qualité propre à la pratique des actes civilisés et modernes. La formule «respecter ses voisins», par exemple, signifie que le civisme est d’abord un acte qui tient compte de la relation aux autres. Le civisme n’est donc pas un acte isolé ou solitaire, il est créateur des conditions et des conséquences du vivre-ensemble. Précisément, l’exercice civique est l’intérêt réfléchi pour la chose commune et publique; le civisme est l’action rationnelle en faveur de l’intérêt général. Son but premier est de respecter autrui et les puissances publiques. Le civisme est la production d’un rapport volontaire, actif et rationnel du citoyen à l’égard de ses actes, et de ceux des autres citoyens et des autorités. Le civisme engage une relation «verticale» du citoyen à l’égard de l’Etat, et aussi et surtout une relation «horizontale» entre les citoyens. Les deux rapports s’impliquent réciproquement. Cependant, si l’Etat n’éduque pas à la civilité et au civisme, et pire, ne donne pas l’exemple, les relations entre les citoyens seront marquées par l’égoïsme, voire la violence et les conflits. Contribuer à faire respecter les droits et, par conséquent, contribuer à obliger à respecter leurs obligations, c’est travailler pour les citoyens et pour l’Etat, garant des droits et des obligations. La faiblesse de l’Etat en matière d’éducation civique d’une part et de suivi pour le respect des lois, d’autre part, dans tous les domaines du vivre-ensemble, éducation, urbanisme, commerce, environnement, transport et bien d’autres, pose un grave problème, car les citoyens seront livrés à eux-mêmes.
L’Etat parle souvent du «nationalisme» pour viser la citoyenneté, alors qu’il se distingue du civisme, ou à tout le moins, ne l’implique pas nécessairement. Le civisme ne dépend pas d’une idéologie, mais d’un savoir-vivre qui favorise la paix sociale et le progrès culturel. Etre un citoyen ayant le sens du civisme, c’est dépasser le statut de simple usager ou de consommateur de droits, afin de ne pas oublier ses devoirs. Le civisme c’est le sens du devoir, de la responsabilité, du respect élémentaire de l’éthique et de la déontologie du vivre-ensemble en société. Le civisme responsabilise en élevant à la conscience du rôle de chacun dans la cité. En effet, le civisme définit une éthique de la responsabilité morale et politique: l’exigence que le citoyen doit donner l’exemple et répondre de sa qualité de citoyen. Le civisme est ainsi la reconnaissance pratique du fait que la citoyenneté est une tâche qu’il faut toujours accomplir pour vivre de manière constructive, pacifique et propre moralement et physiquement. Ce sens du devoir implique une préférence continuelle de l’intérêt public dans son propre intérêt. Prendre conscience que nos actes civiques sont à la fois dans l’intérêt général et le nôtre est une tâche majeure. De nos jours, le civisme s’entend de deux manières qui modulent une signification unique: tantôt le terme désigne la conduite de personnes qui militent dans la société, à commencer par les responsables politiques, tantôt il désigne la conduite des citoyens ayant un sens des devoirs individuels et collectifs au sein d’une société. Les deux s’associent et se mêlent, mais les premiers influent les seconds. Si les responsables politiques et les élites apparaissent comme peu respectueux de l’intérêt général et ne donnent pas l’exemple, les citoyens risquent fort de ne pas pratiquer le civisme. Le civisme se présente comme une vertu, comme un devoir et une figure d’adhésion à des exemples positifs. Des scènes choquantes L’absence ou la faiblesse de civisme, c’est au contraire la désintégration sociale et la prolifération d’actes de loi de la jungle. Certes, l’autonomie de l’individu est un but des sociétés modernes, mais en même temps l’apprentissage du savoir-vivre et des pratiques de respect des lois dominent dans les pays développés, même si les rapports humains sont distendus. Ce respect est obtenu sur la base de la participation à la vie politique, de l’éducation et du contrôle par l’Etat. Le peuple algérien prouve souvent qu’il est capable de civisme dans les moments difficiles ou dramatiques, comme par exemple par ses élans de solidarité lors des catastrophes naturelles ou violences subies. Mais dans la vie quotidienne, on assiste tous les jours à des scènes choquantes. Par exemple, des «citoyens» pendant qu’ils roulent dans des voitures, jettent de la fenêtre des détritus et ne respectent ni l’environnement ni le Code de la route. D’autres crachent par terre, d’autres encore jettent leurs sacs poubelles n’importe où. En Islam, il est dit «l’hygiène fait partie de la foi» et pourtant la saleté semble gagner nos villes et villages, quartiers et cités, sans distinction. Le premier geste du civisme est de respecter et veiller à la propreté de son corps et des lieux privés et publics. La saleté et le manque d’hygiène, visibles partout, sont une réalité si grave qu’un plan Orsec et une révolution de l’éducation sont à mettre en oeuvre en urgence. Autre exemple, le laisser-aller dans les cités et immeubles, y compris dans ce qu’on appelle les «beaux» quartiers. Combien y a-t-il de comités ou d’associations qui organisent la vie collective et veillent à préserver et améliorer les conditions de vie, en particulier en ce qui concerne les parties communes? Lorsqu’ils existent, les comités rencon-trent l’incivisme et l’égoïsme, la plupart des résidents ne veulent pas assister aux réunions et plus encore ne cotisent pas, alors que la loi est claire: tout copropriétaire ou résident est tenu d’assumer ses obligations. L’incivisme se dit de la conduite d’un citoyen qui n’accomplit pas les actes exigés par le dévouement à la chose commune ou publique, bien plus, qui laisse libre cours à ses intérêts ou à son égoïsme et porte atteinte aux biens communs. L’incivisme dérive d’une mauvaise volonté et de la perte du sens du vivre en société. Il doit toujours être imputé à un manquement, rien ne peut excuser l’incivisme. Le civisme, cela s’apprend, car c’est le fait de reconnaître la notion de bien commun qui se compose de valeurs culturelles, économiques et morales. On doit apprendre, éduquer et donner l’exemple pour être crédible, afin que les citoyens pratiquent le civisme. Dans ce sens, le civisme est défini comme ´´la justice du citoyen»; bien se tenir, respecter ses obligations, c’est se rendre justice, rendre aux autres, à ses enfants et à toute la société. Pratiquer le civisme, ce n’est point un luxe ou se sacrifier, c’est au contraire faire l’effort minimal pour bénéficier d’une vie décente dans le champ public et commun. Le civisme vise la cité où le citoyen ne saurait faillir. Le ´´Civisme´´ ne peut signifier un concept scientifique ou politique impossible à atteindre. ´´Civisme´´ ne signifie pas une idée morale théorique. En effet, le civisme consiste en la mise en oeuvre d’une valeur humaine, c’est-à-dire être une vertu de l’homme civilisé. Comme le souligne Ibn Khaldoun dans La Muquadima: «L’homme civilisé est celui qui respecte les valeurs communes» et le philosophe Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social nous dit qu’être civilisé, éduqué, donc ayant le sens du civisme, ou tout simplement humain c’est: «Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme une action de moralité qui lui manquait auparavant [...]; il devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui [...], d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme». Égoïsme et insociabilité La place essentielle paraît faite pour le civisme. C’est que toute vertu s’enracine dans le respect de soi et des autres et doit avoir pour finalité le bonheur de l’homme, car «tout homme veut être heureux». Les citoyens qui sont tristes de constater que leurs voisins sont si peu civiques, si peu sociables, se plaignent que l’Etat soit absent. Cependant, comme le précise Rousseau, «il n’y a aucun gouvernement qui puisse forcer les citoyens de vivre heureux». Mais l’Etat peut et doit réunir les conditions du civisme, par l’éducation, par les lois et par l’exemplarité, car «le meilleur Etat est celui qui les met en état de l’être, s’ils sont raisonnables». Dans ces conditions, où l’Etat éduque, favorise la participation et donne l’exemple, on peut dénoncer l’incivisme, qu’on appelle aussi égoïsme et insociabilité. Quand un citoyen, ou un responsable, ne veut être heureux que pour lui, et se conduit de manière aveugle et sauvage, il n’y a point de bonheur pour tous. (*) Spécialiste en relations internationales www.mustapha-cherif.com Mustapha CHERIF
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